Le mal de vivre

Il peut être difficile de comprendre le mal de vivre quand on ne l’a pas vécu soi-même. Probablement car il relève davantage du ressenti que du rationnel, le mal de vivre se reflète dans l’intensité d’une souffrance intérieure, par une absence d’espoir et par une impression que la vie est dépourvue de sens.

Au quotidien, le mal de vivre peut se traduire de bien des façons. Citons notamment l’alcoolisme, la toxicomanie, la dépression et dans les cas extrêmes, cela peut conduire au suicide. Certes, la vie est difficile et comporte son lot de souffrances et d’épreuves. Mais qu’arrive-t’il lorsque la vie perd son sens? Qu’arrive-t’il lorsque nous ne voyons plus de raison de poursuivre notre route?
Est-ce la souffrance elle-même qui nous fait le plus souffrir ou la difficulté de trouver un sens à cette souffrance?

COMPRENDRE LA SOUFFRANCE

Explorons un peu ce qui se passe lorsque nous souffrons. Supposons qu’en faisant une randonnée, mon pied glisse sur une roche et que je me foule la cheville. Bien entendu, la douleur qui en découle m’indique que je me suis blessé. Imaginons que je ne ressente aucune douleur dans cette situation, que se passerait-il?
Fort probablement, je continuerais ma randonnée et ma blessure s’aggraverait au point où je ne pourrais plus marcher. Par conséquent, la douleur m’indique que je dois m’arrêter, me soigner et prendre soin de ma cheville tant et aussi longtemps que j’aurais mal.

Ainsi, que la souffrance soit physique ou d’ordre psychologique, selon ma façon de la comprendre et de la gérer, elle peut s’avérer être une véritable boussole m’indiquant la présence d’un problème. Même si je n’aime pas souffrir, cette sensation n’est pas forcément une ennemie. La souffrance faisant partie de la vie, je ne peux pas toujours l’éviter. A partir du moment où je parviens à tenir compte de ma douleur et de ses
messages, je me donne l’occasion de définir son sens. En y faisant face au lieu de l’éviter, il est possible de porter un autre regard sur la souffrance elle-même pour ne plus la percevoir uniquement comme un obstacle à son bonheur.

LE GOÛT DE VIVRE

Une personne souffrant du mal de vivre expliquera souvent son état d’âme en disant qu’elle perd le goût de vivre. Bien que le premier réflexe soit d’éviter cette douleur, il convient pour s’en libérer de la percevoir comme un moteur d’évolution. Il faut accepter que sa présence ait un sens et que ce sens soit justement de nous aider à effectuer les prises de conscience favorisant notre évolution. Qu’est-ce que la vie, si ce n’est un processus d’évolution? Toute forme de vie, qu’il s’agisse d’un organisme unicellulaire ou de l’être humain, a naturellement pour but d’évoluer. Mais que se passe-t-‘il si l’on refuse ce mouvement? On entre en conflit avec la vie elle-même.

A la source du mal de vivre se trouve une profonde division intérieure entre ce qu’est notre réalité et ce que nous aimerions qu’elle soit. Plus grand est l’écart entre la réalité et l’idéal que l’on porte en soi, plus grand sera le désarroi et le désir de révolte. C’est justement cet état de tension qui invite à prendre du temps pour réfléchir sur la façon dont nous vivons notre vie. Nous sentons au plus profond de notre être que vivre, c’est autre chose ou plus que ce que nous avions cru jusqu’à maintenant.

TRANSFORMER LE MAL DE VIVRE

Prisonnier de cette dualité à l’origine du mal de vivre, il sera possible de s’en libérer en prenant à nouveau le risque de vivre et en affrontant ses peurs. Parfois, la vie nous semble tellement exigeante avec tout ce qu’elle implique de changements, d’efforts et de difficultés que nous finissons plus ou moins consciemment par refuser d’avancer, de construire son bonheur et de vivre. Or, la vie, c’est le changement, c’est le mouvement.

Animé par la volonté de trouver la meilleure façon de vivre sa vie, le mal de vivre est un signe que le sens que l’on donne à sa vie jusqu’à maintenant se transforme. Cela nous pousse par la même occasion à changer et évoluer. C’est en s’ouvrant à de nouvelles possibilités que les difficultés seront dépassées et que nous réinventerons progressivement notre vie.

Biographie:
La philosophie comme solution au mal de vivre, de Julie Tremblay, publié chez Presses de l’Université Laval

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