La coach thérapie : bon pour la santé ou attention danger?

Magazine L’Itinéraire
par Jennifer Lispont
juin 2009
Dans la bulle de Zïlon

Aujourd’hui, plus aucun domaine de la vie n’échappe à la vague déferlante du coaching. Mais si faire appel à un coach pour apprendre à faire son ménage, éduquer son chien ou perdre quelques livres ne présente a priori aucun danger, en est-il de même pour la coach thérapie? La question divise.

Ni simplement coaching ni purement thérapie, la coach thérapie aspire à faire retrouver un bien­être aux personnes fragiles, perdues ou angoissées. Une pratique louable quand elle est dispensée par des gens compétents, néfaste si elle est prodiguée par des individus peu scrupuleux.

En effet, ni le titre de coach ni celui de thérapeute (au sens de psychothérapeute) ne sont réglementés au Québec. Un flou juridique que certains psychologues perçoivent comme une porte ouverte à des pratiques douteuses. C’est en tout cas l’avis de François Leduc, psychologue du travail et des organisations et coach professionnel, qui estime en effet que le coaching et la thérapie sont deux pratiques tout bonnement contradictoires:

En coaching, nous sommes centrés sur le présent et le futur désiré en plaçant la personne comme acteur de sa vie. Nous cherchons à lui faire atteindre des objectifs dans lesquels elle percevra des gains à court terme. En psychothérapie, la personne se plie à l’approche théorique du thérapeute qui repose sur l’analyse à long terme du passé. Cette contradiction laisse à penser que la coach thérapie est une pratique assez obscure qui peut avoir des effets négatifs sur le psychisme du client.

Un avis que ne partage pas Laurent Lacherez, coach thérapeute depuis cinq ans et membre de la Commission des praticiens en médecine douce du Québec:

Beaucoup de mes clients sont déçus par leur thérapie, qu’ils estiment souvent longue et laborieuse. En outre, certains vivent mal d’y être contraints à la passivité. La coach thérapie est plus gratifiante, car ils se sentent pleinement acteurs de leur mieux-­être.

Un point de vue attesté par deux clients de Laurent Lacherez. Ils ont choisi la coach thérapie, car ils refusaient ‘d’être pris par la main’. Si l’un affirme que cette médecine douce lui a donné des outils pour mieux se connaître et écouter sa ‘petite voix intérieure’, la seconde a apprécié ‘cette approche constructive mêlant écoute attentive et exercices pratiques.

Gagner en transparence

Mais si les avis de François Leduc et Laurent Lacherez divergent sur cette profession, tous deux s’accordent sur l’importance de son encadrement et invitent chacun à faire preuve de vigilance.

La transparence du coach thérapeute envers son client permet d’instaurer un climat de confiance essentiel pour obtenir des résultats, estime Laurent Lacherez. Dès que je suis contacté par un nouveau client, je lui fais aussitôt part de mes formations, lui explique ma vision de la coach thérapie et le déroulement des séances. À lui de juger si je lui conviens ou non et vice ­versa. Il m’est en effet arrivé de rediriger une personne, car je me rendais compte que je ne pouvais pas l’aider. Un coach thérapeute doit se sentir outillé face aux clients, envers qui nous avons une certaine responsabilité. Nous pouvons leur faire du bien comme du mal. Au Québec, il est grand temps de se pencher sur la coach thérapie et d’exiger un minimum de formation pour la pratiquer. J’espère que cela nous permettra de gagner en transparence et en crédibilité.